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La météo à Sciez
- Décès de Dominique Graux, cofondateur des Vieux Safrans à Annecy - http://t.co/Nsg2JQ1j 2012-02-06
- Matelotage : photos en ligne sur http://www.voilesdantan.org/?p=1418 2010-12-14
- De magnifiques photos des défis du 50° sur http://t.co/RMaZeuX 2010-12-14
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On a retrouvé les guidons de l’AVAL !
Comme quoi faire du rangement au Chensivoile et ailleurs a du bon !

Le guidon de l'AVAL sur le Moth "Nantais" de Michel
Le guidon de l’AVAL, dont vous trouverez ici la description, est disponible auprès de Jean-François au prix de 15 €.
Sloop houari Insula – 1996
Sloop houari insula, année 1996.
Bateau très peu utilisé, stocké sous abri.
1 GV, 2 focs, avirons, pompe de cale.
Remorque de route état neuf.
Prix 5.900 euros.
Bateau visible au lac Léman.
Contact : michnerbo@orange.fr
ou tel 0450 725792.
Le niveau du lac Léman …
Chaque année, selon une convention intercantonale signée en 1884 entre les cantons de Vaud, du Valais et Genève. le niveau du lac Léman baisse, dès le mois de janvier, afin de permettre les travaux d’entretien des berges et pontons du lac.
Du 15 mars au 15 avril, le niveau maximal du lac au barrage du Seujet doit être inférieur à 371,60 m, et les années bissextiles ce niveau est diminué de 15 cm supplémentaires, soit 371,45 m.
Cela représente donc une baisse moyenne de 55 cm (le niveau moyen du lac étant aux alentours de 372,15 m, et donc 70 cm les années bissextiles. De quoi lourdement handicaper les voiliers qui ne trouvent plus le tirant d’eau suffisant dans les ports envasés… C’est chaque année la frénésie dès que le niveau remonte, en pleins préparatifs du Bol d’Or.
Cet article explique plutôt bien les variations de niveau du lac.
Pour suivre en direct le niveau du lac, nous vous recommandons le site du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, dont nous reproduisons ici le graphique de la hauteur d’eau mesurée à St Prex (mise à jour automatique).

Et voici selon la même source le niveau du lac à Genève (Secheron) pour les 7 derniers jours :
Selon ces informations, le niveau du lac pourrait donc encore baisser de 10 cm…
Et plus critique encore : selon un Communiqué de presse conjoint du département de l’intérieur et de la mobilité du Canton de Genève et de la préfecture de l’Ain des chasses exceptionnelles et des travaux sur le barrage de Verbois, entre le 4 et le 20 juin 2012, pourraient entraîner une prolongation exceptionnelle des niveaux extrêmement bas …
Brocante de Chens-sur-Léman le dimanche 1er avril
Bonjour à tous,
Comme vous êtes déjà très nombreux à le savoir, le Chensivoile et l’Atelier des Voiles d’Antan du Léman tiendront un stand commun à l’occasion de la brocante organisée à Chens sur Léman le Dimanche 1er Avril 2012.
Nous avons six mètres de stand : Il y aura un ou deux bateaux présentés, un peu de matériel à vendre et surtout Erwan et Yves Lepecq, qui seront présents pour une animation en direct sur le matelotage.
CA du 3 mars 2012
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Histoire du Hocco Z2 “Aventure”, devenu “St Bonaventure” (1934 – 2012)
C’est en août 2003 que j’ai découvert, au fond d’un hangar de Bevaix (lac de Neuchâtel – Suisse) le Hocco St Bonaventure.

A la Classique de Sciez en 2008
Je suis tombé sous le charme de cette magnifique carène signée Knud H. Reimers, célèbre architecte suédois qui dessina le « Tumlare » (ou Tumlaren) en 1933 et dont Uffa Fox disait : “Tumlaren is a very advanced type of cruiser, in fact, I should think she is the most advanced in the world (…) a delight to sail … .“ Et on sait aussi que Tabarly lui-même appréciait ce bateau.
C’est ainsi que mon ami Pierre Py me présenta son Hocco qui n’est autre qu’une coque de « Tumlare » surtoilée pour mieux naviguer sur les lacs. Ayant communiqué mon enthousiasme à deux de mes amis, Michel Ramey et Paul Loridant, il nous fallut attendre septembre 2005 pour acheter le St Bonaventure en copropriété et l’importer en France.
Pendant 19 mois, jusqu’en Avril 2007, le St Bonaventure resta en restauration complète chez Michel Ramey, à Samognat (Ain), avant de retrouver le Léman, ses eaux d’origine, le 27 avril, à Thonon-les-Bains, où il est amarré aujourd’hui au poste N° 1111. Les principaux travaux de cette restauration, réalisés de main de maître par Michel, furent : la pose d’un pont en petites lattes de niangon (préféré au teck par souci écologique autant qu’économique), la réfection complète du panneau avant dans son état d’origine et la réalisation d’une « queue de malet » en lamellé-collé pour l’ancrage du pataras, en lieu et place de la ferrure en tube d’inox initiale.

A cette époque, beaucoup de zones d’ombre subsistaient pour reconstituer la vie de notre nouveau bateau, notamment concernant la période 1934 – 1961 ; et nous n’avions aucune certitude sur ses origines, sauf ses immatriculations de coque GE 983, puis NE 189 et Z2 comme marque de grand-voile. On nous avait dit qu’il était l’un des trois premiers Hocco du Léman cosntruits en Suède et importé à Genève, avant que d’autres Hocco ne le soient par des chantiers locaux, du lac. Nous cherchions à confirmer ces affirmations et beaucoup d’autres éléments, quand, en 2010, grâce au site de l’association AVAL (Atelier des Voiles d’Antan du Léman) (www.voilesdantan.org), nous pûmes entrer en relation avec Paul Minner, fils de l’architecte Henry Minner, premier propriétaire du bateau, qui, photos à l’appui leva le voile sur ses origines. Henry Minner importa le Hocco Z2 par le train, de Suède à Genève, en 1934. Il fut mis à l’eau et baptisé « Aventure », au chantier de Corsier-Port, dirigé à l’époque par M. Ganglof. A en juger par les tenues vestimentaires des protagonistes que l’on voit sur les photos de l’évènement que nous remit Paul Minner, ce devait être en été, et non le 1er janvier, ainsi qu’il est mentionné sur le certificat de navigation suisse accompagnant le bateau. Paul Minner nous apprit aussi que son père fut également l’un des propriétaires, à la fin des années 1920, du fameux deux tonneaux « Calliope », construit chez Costaguta (Cantieri di Voltri, Italie) en 1909 et admirablement restauré en 2009 par Jean-Philippe Mayerat, le talentueux charpentier de Rolle (Suisse). Paul Minner, poussant encore plus loin l’amabilité, consulta pour nous les registres de la Société Nautique de Genève (SNG) et nous permit d’établir ainsi la liste des propriétaires successifs du « Hocco » Z2 :
1934 – 1942 : Henry Minner / 1943 -1957 : Alphonse Brichet / 1958 – 1959 : Henry Debonneville / 1960 – 1962 : Jean Huser / 1963 – 1988 : Jean-Marie Ellenberger, à qui l’on doit son nouveau nom de “St Bonaventure” / 1988 – 1990 : Jacques Prod’hom / 1990 – 2005 : Jean-Pierre Comtesse + Pierre Py / 2005 – 2008 : Paul Loridant + Michel Ramey + Erwan Le Pecq / 2008 – 2012 : Paul Loridant + Erwan Le Pecq / 2012 – 20(??) : Erwan Le Pecq + Emmanuel Descours
Au cours de son existence, le « Hocco » Z2 a connu quelques modifications et restaurations, attestées par des photos, dans son gréement, son plan de pont et sa coque. A l’origine, son gréement ne portait ni pataras, ni hale-bas de bôme ; à une certaine époque, il eut même un mât métallique avec foc en tête ! Ses Å“uvres vives et sa quille ont été entièrement refaites en 1985 au chantier Philippe Durr à Versoix. Il retrouva son gréement d’origine grâce à un nouveau mât en spruce chez Burkhalter à Yverdon en 1991. En 2008, nous l’avons doté d’un nouveau jeu de voiles neuf composé d’une grand-voile et de trois focs (Europ’Sails) et d’un spi d’occasion. En 2009, il reçu un petit moteur hors-bord électrique pour faciliter les manÅ“uvres de port. Le « Hocco » Z2 « Aventure », devenu « St Bonaventure » poursuit donc fièrement et paisiblement sa vie sur son lac d’origine, le Léman, en participant à quelques rassemblements de yachts classiques, telle la “Classique de Sciez” à laquelle il participe chaque année depuis 2007. Et on peut donc dire aujourd’hui que « l’Aventure » continue !
Yves
Inventaire des bateaux traditionnels du Léman
Le Musée du Léman lance le premier inventaire sur Internet pour recenser les bateaux traditionnels du Léman.
Inscrivez votre bateau sur la base de données interactive et contribuez à la connaissance des bateaux d’intérêt patrimonial !
www.inventairebateauxduleman.ch
Herreshoff et le Léman
En voilà donc un lien improbable entre “le meilleur architecte naval de tous les temps”, comme certains n’ont pas hésité à l’appeler, et “l’Océan des Alpes”, notre cher Léman…

Nathanael Greene Herreshoff, "Bristol Wizard"
Encore faudrait-il que ce lien existe: A ma connaissance, il n’y a pas de belle coque dessinée par le “Sorcier de Bristol” sur notre Lac, à part un 30′ New York Yacht Club venu il y a cinq ou six ans parfaire une restauration bâclée chez le très bon chantier Aebi à Gland à côté de Nyon.
Ce bateau, que j’ai eu la chance de visiter à l’époque des travaux en Suisse, est aujourd’hui dans un port du Sud de la France qui doit mieux convenir à son standing…

Oriole, le seul NY-30 a avoir fait un court séjour sur le Léman
Que dire d’Herreshoff qui n’ait pas déjà été évoqué dans les livres, ou dans un récent article fort bien documenté de la revue “Voiles et Voiliers” qui nous a fait un petit retour aux sources du Yachting (avec un “Y” majuscule!):
- Membre fondateur du Boston Yacht Club en 1866 Ã 18 ans
- Diplômé du prestigieux MIT en 1870
- Inventeur du premier catamaran de sport “Amaryllis” en 1876, Amaryllis, que les autorités du nautisme de l’époque se dépêcheront… d’interdire!

Amaryllis, catamaran de 24' (7.60 mètres) capable de filer 20 nœuds...

Plans du "John Gilpin" sister-ship d' "Amaryllis 1877
Herreshoff, inventeur de la plaisance et du nautisme moderne dans la remarquable année 1891 qui verra trois coups de génie:
- “Alpha”, le premier dériveur moderne dont la stabilité est liée au rappel de l’équipage: Le grand Charlie Barr (157 cm), multiple vainqueur de la Coupe de l’America, en fera l’expérience “humide” et désagréable un jour où, en bon marin de son temps, il avait mis le foc à contre pour déborder du quai… Les anales disent qu’il n’a pas apprécié!

Alpha, premier dériveur moderne
- “Dilemna”, premier “fin keel” au lest assuré par un bulbe de plomb relié à la coque par un aileron de fonte…

Dilemna, premier fin-keel à bulbe
- “Gloriana”, premier racer moderne, qui dans sa structure et dans ses lignes préfigurait 50 ans de voiliers de régate!

Gloriana, premier racer moderne
Télécharger le document sur Gloriana.
Herreshoff, dont cinq bateaux ont remporté six fois la Coupe de l’America :

Vigilant,1893

Defender, 1895

Columbia, vainqueur en 1899 et 1901 (ici avec Shamrock à droite)

Reliance passant la ligne d'arrivée en vainqueur le 25 Août 1903

Resolute,1914, vainqueur de la Coupe en 1920
C’est dans ces bateaux que le “Sorcier de Bristol” a mis tout son génie. C’est ici qu’est le lien entre Herreshoff et le Léman: Lequel? Patience…
Petit retour sur “Reliance”: “Le plus fabuleux racer de tous les temps” (Là c’est moi qui le dit!) a été dessiné et construit par Herreshoff pour prouver les inepties de la jauge qui régissait alors la Coupe de l’America.
Et la preuve est de taille: 189 Tonnes, 61.26 mètres de long pour seulement 27.43 de flottaison (imposée par la jauge et mesurée en bassin à vide et sans gréement!), 7.92 mètres de large au maître bau et un tirant d’eau de 6.10 mètres, 64 hommes d’équipage dont le fameux Charlie Barr…

Reliance en cale sèche: Quels élancements divins!
Mais le plus fantastique, c’est le “moteur”: Une bôme de 37.80 mètres ballastée pour pouvoir étarquer la Grand Voile, 1501 m² de toile – on n’a jamais fait mieux depuis – sur un seul mat de 60.66 mètres en aluminium (Tiens, tiens…)

Reliance passant le feu de Benton Reef. La vague soulevée par le bateau était plus haute qu'un homme!
Bordé en aluminium (toujours) pour les Å“uvres mortes et en bronze pour les Å“uvres vives: Une vraie pile électrique dans l’eau salée! A ceux qui critiquaient ce choix, Herreshoff répondra: “Je préfère un bateau qui fond, plutôt qu’un bateau qui perd!”
Reliance sera ferraillé en 1913… Mais la jauge avait été changée selon la volonté du Sorcier de Bristol!
Que dire sur l’homme, qui n’ait pas déjà été écrit ici, sur le site dédié à un de ses bateaux
http://www.vixen2.com/en/index.php?option=com_content&view=article&id=31&Itemid=26
ou là … http://en.wikipedia.org/wiki/Nathanael_Greene_Herreshoff
Sinon qu’il était un visionnaire qui a su tirer partie de toutes les évolutions technologiques de son temps.
Un visionnaire qui sculptait les demi-coques de ses bateaux avant d’en relever les plans: “Éduquer l’œil avant d’éduquer la main…”
Une fois n’est pas coutume, j’insisterai sur le goût de la performance, parfois poussé jusqu’à l’extrême, de l’homme qui…
- n’hésita pas à bloquer la soupape de sécurité de la chaudière d’un torpilleur à vapeur – l’US Navy était le premier client du chantier naval Herreshoff – pour atteindre la vitesse maximale, provoquant l’explosion d’un élément qui tua un homme d’équipage en 1888…

Herreshoff Mfg Company: Premier fabricant de torpilleurs à vapeur pour l'US Navy à la fin du XIXème siècle...
- participait lui-même à la mise au point de ses bateaux, comme le fera plus tard Olin Stephens, le seul architecte naval a avoir égalé le nombre de ses victoires dans la Coupe de l’America… Le secret de la victoire: Une bonne préparation!

Herreshoff montant à bord de "Defender"
- cultivait le culte du secret et la peur de l’espionnage jusqu’à la phobie, au point que ses propres enfants avaient interdiction de pénétrer dans son bureau… Le côté sombre du génie?
- apportait le même soin maniaque au dessin et à la réalisation de ses bateaux, du “12 1/2″ de 6 mètres à l’immense “Reliance”…
- sut s’entourer des meilleurs hommes…

Charlie Barr en action!
- et des meilleures technologies de son temps…
Et c’est là qu’est le lien entre Herreshoff et le Léman!
Non, il ne plaçait pas son argent en Suisse: Il aurait pu, car dix siècles de stabilité et de neutralité, c’est bon pour le commerce et la banque…
Nos amis Helvètes ont simplement eu la chance de se retrouver à la pointe de la technologie à la fin du XIXème siècle – et pas seulement dans la fabrication des coucous – avec l’arrivée de la fée électricité produite par les centrales hydro-électriques des Alpes en quantité suffisante pour transformer la bauxite en aluminium. Il faut se rappeler qu’à la cour de Napoléon III, les couverts en aluminium était considérés comme le summum du luxe en 1860!
Les premiers plans de bateaux construits dans le métal magique sont “classiques” (ringards?), et l’ignorance des réactions électrochimiques cuivre/aluminium les rend fragiles à la corrosion. Ces voiliers n’auront de résultat probant ni en France, ni en Suisse…

"Vendenesse", premier bateau en aluminium Français (Plan Godinet). Trop fragile...
Le génie d’Herreshoff est d’avoir su conjuguer les propriétés révolutionnaires de l’aluminium avec une vision vraiment novatrice du voilier de régate!
Comment? Grâce à son frère aîné, patron de la Herreshoff Manufacturing Company, qui vint à Genève plusieurs mois à la fin du XIXème siècle pour voir les premiers fabricants d’aluminium…
Le lien entre le “Sorcier de Bristol” et le Léman est John Brown Herreshoff, surnommé “The blind Genius” car aveugle depuis l’age de 14 ans, ce qui ne l’empêcha pas de diriger de main de maître les affaires de la famille, de la création de l’entreprise en1878 jusqu’à sa mort en 1915, pour permettre à son frère cadet d’exprimer tout son génie.

John Brown Herreshoff, "The Blind Genius" 1841-1915
Nathanael se retirera des affaires peu de temps après la mort de son frère et la Herreshoff Mfg. Co. survivra dans d’autres mains jusqu’en 1946…
Restent des bateaux de rêve…

Constitution, Columbia et Independance en 1901. Columbia sera désigné "defender" pour la deuxième fois. Merci Charlie Barr!
… même s’ils sont de “petite” dimension comme les fameux “S boats” ou “12 1/2″, magnifiquement construits, donc plaisants à restaurer… et à naviguer.
le 12 1/2 “Wizard” en navigation en 2010, juste après restauration
On ne risque d’oublier ni le “Sorcier de Bristol”, ni son frère la “Génie Aveugle”!

Comparaison entre "Reliance" et "Ranger", Classe J de 1937, plan de W. Starling Burgess et du tout jeune Olin Stephens

Détail du gréement d'un NY-30 (c) Bob Smith II
Sources: Herreshoff Marine Museum http://www.herreshoff.org/hmm/index.html
Wikipédia http://en.wikipedia.org/wiki/Nathanael_Greene_Herreshoff
“Mariette” de Jacques Taglang
“Les chasseurs de futur” et “Histoire du yachting” de Daniel Charles

JF Traini
Snipe : Les belles années des dériveurs du Léman
“Avec ce bateau vous ne sortirez jamais du port !…”
Le moral était déjà bas, pour nous marins d’eau douce, livrés à une mer déchaînée, et ces paroles d’un loup de mer achevèrent de nous ôter le plaisir que nous avions à participer aux Championnats de France. Par contre, l’ “Audacieux” de Monsieur Mudry ne l’entendit pas de cette oreille; une fois gréé et mis à l’eau, ce coursier, qui avait déjà fait ses preuves, nous invita à relever le défi. Le Léman ne devait pas se laisser intimider par la mer, si mauvaise fut-elle, et elle l’était !
C’est ainsi que pour la régate d’entraînement l’ “Audacieux”, toutes voiles dehors, s’y reprenait à trois fois et sortait enfin du port dans le sillage de “l’Ile de France”. Neptune s’en offensa-t-il? Nous en fûmes certains quelques instants plus tard. Ah! ces vagues qui vous donnent le goût du sel et cinquante litres d’eau à écoper.
Le signal est donné. Mais de quel côté partir? car au Havre le départ est donné aussi bien vent debout que vent arrière. Combien nous regrettons le coup de sifflet sympathique donné au Quai de Ripaille quand tous les retardataires sont sur la ligne de départ! Les pavillons du sémaphore ne nous disent rien, mais après avoir gagné la régate d’entraînement, nous les connaissons assez pour remarquer un “N” flamboyant nous annonçant que la première place si durement gagnée nous échappait. La première régate comptant au classement était annulée.
Sans se décourager pour autant l’ “Audacieux” et son équipage s’adjugeaient le lendemain, grâce aux voiles américaines, une brillante première place qui ne fut pas contestée. Vraiment, on n’attendait pas autant du Léman: trois régates, trois “premier”. Mais pour tout avouer la tempête s’était apaisée, faisant place à une brise comme sur notre lac. “Mais attendez un peu, murmurait-on, si le vent fraîchit “ils” ne tiendront pas”.
Aux régates suivantes, la mer n’était pas belle. Et quelle ne fut pas la stupéfaction générale en voyant l’ “Audacieux”, souvent mal parti, prendre bientôt la tête et la conserver durant les trois-quarts du parcours, pour se faire finalement doubler juste à l’arrivée. L’équipage exténué ne pouvait plus manÅ“uvrer le bateau trop ardent et trop léger. Pourtant l’ “Audacieux” gardait la tête du classement, même par gros temps. Aussi fut-il brillamment délogé de sa position de leader par une disqualification sur laquelle nous ne reviendrons pas… Relégué du coup, à la quatrième place, le bateau du Léman, montrant de quoi il était capable, enleva sans discussion la régate de clôture sous le nez de plusieurs concurrents ligués en vain contre lui. Il se trouvait à la deuxième place du classement général, mais l’honneur était sauf. Il n’en fallut pas plus pour que l’ “Audacieux” se vît assailli par une délégation de snipistes des plus minutieux, armés de mètres et de pieds à coulisse: longueur du mat, surface des voiles, épaisseur des couples, etc…, tout fut vérifié sous le sourire ironique de l’équipage.
Pour son premier essai dans cette compétition qu’est le Championnat de France des snipes, la S. N. L. F. a montré qu’elle prend de l’importance et est capable de s’imposer. Qu’à l’occasion de ce compte rendu, son Comité soit remercié ainsi que Monsieur Mudry, propriétaire de l’ “Audacieux”, pour leur aide précieuse qui a permis la participation du “Léman” à ces Championnats.
Nous terminerons en souhaitant que la S. N. L. F. se comporte encore mieux aux prochains Championnats de France qui auront lieu à Lorient en 1951… et, nous l’espérons, à Thonon en 1952.
Michel CHAMAY
Jean-Pierre DEMIAUX
“Impressions de Championnat” Le HAVRE – Août 1950
(Extrait du bulletin 1951 du S. N. L. F. )

Quelle meilleure introduction à l’histoire des Snipe sur le Léman que cet article rédigé par les deux médaillés d’argent aux Championnats de France 1950?

Le Snipe est un dériveur à bouchain dessiné en 1931 par l’architecte William F. “Bill” Crosby.

"Bill" Crosby
Il mesure 4.72 x 1.52 mètres pour un tirant d’eau de 0.99 mètre dérive basse et 11.99 m² de voilure.

La dérive métallique impressionnante d'un Snipe de 1951
Enfant de la “Crise de 1929″, il partage avec le quillard “Star”, auquel nous avons déjà consacré un article, un prix de lancement “modique” de 250,00 $. Ils ont un autre point commun: leur foc tangonné au portant en l’absence de spinnaker.
D’un poids de 172.80 kg (204 kg à l’origine) en ordre de marche, c’est un dériveur “lourd” par rapport aux “Vaurien” ou “Caneton” contemporains, ou aux “420″, 470″ et “505″ qui verront le jour à partir de la fin des années 1950.

Belles voiles à petites laizes pour ce Snipe Américain
Dériveur à deux équipiers sans trapèze, c’est une “machine à faire du cap” au près où il arrive à remonter jusqu’à 35° du vent.

Au portant, l’absence de spi rend difficile le planning en l’absence d’un coup de main d’Éole, mais les focs tangonnés donnent de biens jolies images…

Snipe au portant
A partir du début des années 1950, le Snipe devient un incontournable dans les compétitions internationales…

Mais revenons aux Snipe du Léman…

Snipe 2349 Ã Thonon
En 1950, la S. N. L. F. – Flotte 288 de la jeune association des Snipe créée en 1947 – compte une vingtaine de Snipe dans ses rangs et autant de participants aux régates qu’elle organise pour cette série…

Des Snipe, un Requin, des canots... Thonon à la belle époque?
Lire le Bulletin : SNLF 1951
En 1953, le Cercle de Voile de Nyon (C. V. N. futur Snny) est créé à l’initiative de quelques amateurs de Snipe… L’histoire du Cercle est rappelée dans le bulletin anniversaire des 50 ans.
Il y a une belle flotte de Snipe en rade de Genève et elle a même un port dédié du côté du Creux de Genthod: Le “Port des Snipe” où sont stockées une trentaine d’unités. Mieux encore, le Léman peut s’enorgueillir d’abriter sur ses berges des constructeurs de Snipe de renommée nationale, voire internationale, dont notamment Armand Manigley à Genève (qui était venu avec JF Andrier à une de nos premières AG) et Monsieur Floquet de Thonon chez lequel Edouard Lambert (l’oncle de Pierrot) construisit un certain nombre de bateaux réputés…
Aujourd’hui, l’Association Française des Snipe compte une dizaine de “flottes” actives, principalement dans l’Ouest, le Sud-Ouest et en Région Parisienne, avec un accessit à la bien maigre flotte du lac d’Annecy qui fut la troisième en France (Flotte 223 en 1947) …
… A l’international, le Snipe conserve sa cote d’amour ou connaît un regain d’intérêt, aux USA où le n°1 “Adélaïde” de 1931 a été restauré, dans les pays d’Europe de l’Est, et surtout en Amérique Latine comme en témoigne la vidéo qui suit:
Pas étonnant que le grand Torben Grael, multiple Champion du Monde et Olympique sur Snipe et Star, soit Brésilien d’origine…

Torben "Turbine" Grael
… Et sur le Léman? Sur le Léman: Rien! Et pas seulement pour les Snipe, car on peut dire que toute activité des dériveurs a disparu en dehors des “Optimist”, “Laser” ou “Équipe” des écoles de voile…

Snipe 6538 "Triolet" Ã Mr Dufays S. N. L. F.
Pire! La question est lancée: Que sont devenus tous ces Snipe? L’AVAL en a hébergé un (d’origine Espagnole) il y a quelques temps, et j’en connais un autre stocké à Tougues depuis des années. L’inventaire du Musée du Léman à Nyon doit bien en compter, par ailleurs, un ou deux… On ne va pas me faire croire que tous les autres ont disparu, alors que des séries bien moins nombreuses et plus anciennes, telles les “Moucheron” ou les “20 m² Encouragement”, ont vu chacune une dizaine de bateaux survivre jusqu’à nous!

Un beau Snipe bois
Mais où sont passés les Snipe d’antan du Léman?

JF Traini
Star, le bateau mythique
Le propos n’est pas ici de reprendre 100 ans d’histoire de ce bateau conçu par Francis Sweisguth en 1911, ce serait trop long et ça a déjà été fait sur le site de la très dynamique Star Class que je vous conseille de visiter.
Quelques repères de la petite ou de la grande histoire…
- C’est Georges A. “Pop” Corry qui a commandé ce bateau à son ami William Gardner. Ce devait être un quillard simple et facile à construire, donc peu cher: Les premiers Star livrés coûtaient 240 $!A l’origine le plan n’avait pas de nom (Corry voulait l’appeler “Long Island Sound class”).

- Mystérieusement – et heureusement pour nous – les premiers livrés avaient… une étoile rouge dans la voile, ce qui donna l’idée…

- Francis Sweiguth n’était qu’un employé (dessinateur) chez Gardner. Combien de “grands architectes navals” modernes laisseraient la paternité d’un tel bateau ?

- Francis Sweisguth a non seulement dessiné le premier bateau en 1910-1911, mais également fait les deux modifications majeures du gréement: De houari à Marconi “court” en 1920, puis au gréement actuel en 1930. Le Star ne connaîtra ensuite que des modifications de détails: bastaques et pataras, rails de hale-bas de bôme circulaire, poignées de rappel puis trapèzes…

Le Star "Faneca" en 1962 avec un des premiers hale-bas circulaires de bôme
- S’il doit disparaître lors des Jeux Olympiques de 2016, au profit de bateaux plus “modernes” (?), le Star est – et demeurera longtemps – la série Olympique à la plus grande longévité car il est voilier Olympique depuis 1932 (Il a été remplacé par le Tempest pour les seuls Jeux de Montréal en 1976)

Une des particularités du Star – outre des barres de flèche plus larges que la coque – est qu’il n’a pas de spi, mais son foc est tangonné sur un tangon très long qui inverse le point d’amure. Est-ce un handicap? Je vous laisse juge sur la vidéo qui suit où on voit un Star au portant dans la brise…
De grands noms se sont illustrés dans cette série:
- Skip Etchells, fabricant des premiers Star “modernes”, fera plus tard des voiliers réputés sous son nom

"Skip" Etchells en compagnie de sa femme et équipière
- Paul Elvstrom, plusieurs fois champion Olympique entre 1948 et 1988, Champion du Monde 13 fois sur sept différents séries de bateaux (505, Snipe, Finn, Flying Dutchman, Star, Soling, Half-Tonner), fabricant des célèbres voiles à son nom.

Paul Elvstrom: Une légende!
- Bill Buchan, fabricant de Star et plusieurs fois champion du Monde dans une carrière exceptionnellement longue

- Lewell North, fabricant des voiles “North sails”

- Dennis Conner, célèbre marin et businessman connu pour être quatre fois vainqueur de la Coupe de l’América.

Dennis Conner au rappel sur son Star "Menace" en 1971
- Buddy Melges, fabricant de bateaux bien connu
- Paul Cayard, skipper réputé de la Coupe de l’América

Paul Cayard à la barre... Ecrit-il ses mémoires à chaud?
- Torben “Tubine” Grael, Champion du Monde en titre, s’est illustré en Snipe et Star.

Le centenaire du Star a été l’occasion de manifestations majeures aux USA, avec plus de 800 bateaux régatant en trois flottes (bois, classiques et modernes).
Comme vous l’aurez compris, un des points faibles de ce magnifique bateau est… son mat: Il est courant pour un équipage pointu d’en casser deux ou trois pas saison!
Les mats bois des Star construits par le chantier Suisse Portier à Meilen étaient réputés indestructibles (Ce n’est pas notre ami “Nerbo” qui me contredira!). Ces mats en 17 parties collées ont fait la réputation du chantier dans les années 1950-1960: J’aimerais d’ailleurs bien en voir un de près.

Un Star Portier sur un lac de Suisse Allemande
Un de ces bateaux, restauré chez nos amis des “Vieux Safrans” d’Annecy est à vendre depuis quelques années : http://www.klemenz.net/troubadour/
La flotte des Star est active sur trois plans d’eau en France: Les Mureaux (près de Paris), Nice et le lac d’Annecy. Ça n’a donc rien d’étonnant si on peut trouver à Annecy le plus vieux Star naviguant d’Europe.
J’en profite pour rendre encore une fois hommage à Dominique Graux, fondateur des “Vieux safrans”, qui a magnifiquement restauré ce bateau et que l’on voit en compagnie de sa fille Fanette sur cette magnifique vidéo tournée à l’occasion de Navig’Aix 2005…
Jean-François Traini


