… Dis papa, c’est quoi un 20 m² “Encouragement”?
Un “20 m² Encouragement”, c’est ça…
Petit rappel historique: Le 20 m² “Encouragement” est un dériveur lourd (environ 500 Kg) dont le plan a été commandité à l’architecte naval Alfred Amiguet (père également de la série des quillards “15 SNS”) dans les années 1930 par la “Société encouragement à la Navigation de Genève” qui cherchait à remplacer ses dériveurs de 15 m² “O” par un bateau plus performant…
… Dis papa, c’est quoi un “15 m² O”… Quelqu’un sait-il si un de ces bateaux existe encore par miracle?
Le “20 m² Encouragement” portera un “E” dans sa grand-voile pour le différencier des 15 “O”. Il mesure 6.00 mètres de long pour 1.90 mètres au maître bau, gage d’une bonne stabilité.
Et de la stabilité, il en faut pour “encaisser” la voilure de 20 m² qui est mesurée selon les critères de l’époque, c’est à dire à partir de la somme des triangles avant (foc) et arrière (grand-voile) sans tenir compte, ni du recouvrement du génois (mis à l’honneur au début des années 1930 par un certain Manfred Curry), ni du rond de chute de la grand voile.
La hauteur du mat laisse imaginer la puissance du gréement:
Je rappelle juste que la coque fait… 6 mètres de long!
La Société d’Encouragement à la Navigation de Genève” fusionnera plus tard avec le CVSNG, la fameuse “Société Nautique de Genève”. Quant à Amiguet, constructeur agréé pour la Suisse du Célèbre “Corsaire” d’Herbulot à partir de 1959, il se consacrera à la construction de ces petites unités.
http://www.minicroiseur.fr/savoir-plus/chantier-naval-corsaire-amiguet.php
Le “20 mètres Encouragement” (C’est comme ça qu’on les appelle) qui nous intéresse a été commandé au chantier Quiblier de Coudrée (Sciez), grand spécialiste des canots* du Léman, par les frères Charleux, tous deux médecins à Annemasse en 1953.
Baptisé “Pschitt” du nom de la limonade du groupe Perrier commercialisée la même année, il deviendra vite le cauchemar des chaloupes* basées comme lui dans le port de Nernier: Saint-Yves (canot gréé), Loup, Aile…
Racheté en 1970 par Roland Ehrer pour le prix d’un 4.70 neuf (!!!), le bateau est rebaptisé d’un sans doute présomptueux “Eole”, ce qui ne doit pas plaire au dieu des vents, car il est pris dans le même “Coup de Joran” du 7 Août 1970 qui coûtera la vie à 7 passagers de la Sainte Odile devant Yvoire et nous vaudra la mise en place du système de feux d’alerte toujours en vigueur aujourd’hui.
Plus chanceux que les malheureux, Roland n’y perdra qu’un bout de son mat, sa grand-voile (retrouvée en vieux stock neuf chez Fragnières!), un peu d’amour propre, et… sa copine de l’époque qui a jugé ce jour là , après une baignade forcée dans le Léman en furie, que femme de marin (même d’eau douce), ou pire, équipière, n’était définitivement pas sa vocation…
Le bateau est alors doté d’un puits de dérive inox pour remplacer l’acier d’origine pourri, d’un pont en contreplaqué et le haut du mat est réparé.
De 1980 à 2000, il est ensuite remisé pour cause de vie professionnelle trépidante et de construction d’une belle maison, avant de ressortir de l’oubli en 2003, histoire de gagner deux fois de suite la catégorie “Cruisers” de la Classique de Sciez devant du très beau linge, prouvant ainsi dans son lieu d’origine qu’il est toujours aussi fringant!
L’age arrivant, Roland cède le bateau fin Avril 2010 au président de l’AVAL et notre “Pschitt”, qui a retrouvé son nom d’origine, rentre à l’atelier le 15 Mai pour un bilan complet:
- Il y a une varangue pourrie
- La dérive coince en passant à travers la quille
- les bordés de fond sont très ouverts
La dérive et son puits sont donc démontés avec un peu d’appréhension, car il est dit qu’un bateau bois pourrit par les trous qu’on fait dedans, et là , c’en est un beau!
En fait, la quille n’est pas pourrie, mais fendue sur tout le côté bâbord sous le puits de dérive, et elle l’était déjà lors du changement du puits, comme l’indique le mastic polyuréthane qu’on retrouve dans les fentes. C’est également pour ça que les traditionnels tire-fonds ont été remplacés par des disgracieux boulons “6 pans” traversants.
Que dire également de l’hydrodynamique des têtes de boulons dépassant sous la coque? Un bateau rapide… même avec le frein à main serré!
La quille va être recollée et renforcée, puis la coque sera retournée et poncée avant la pose de flipots dans les œuvres vives. Un pseudo spécialiste (!) ayant conseillé au précédent propriétaire de calfater ses coutures de bordés au Sintobois (r), ce mastic dur et incompatible avec le bois marin (on ne le répètera jamais assez!), ceux-ci sont déformés au niveau des points de contact et nécessitent donc un flipotage.
La suite au prochain numéro: En attendant, allez donc boire une bonne… limonade!
Les photos sont disponible au format d’origine ici:
http://picasaweb.google.com/AVALeman/20MEncouragementPschitt#
*canot (du Léman): barque de plaisance ou de pêche respectivement en acajou ou en mélèze
*chaloupe: canot gréé, donc presque tout ce qui flotte avec une voile, excepté les
* Barques (de Meillerie): Grands bateaux de travail à deux mats et voiles latines, mesurant environ 30 mètres. Seuls trois exemplaires demeurent: La Vaudoise (1932), La Savoie (reconstruction, 2000) et la Neptune (1904).
JF Traini










Chargement